Inflation américaine à 3,7 % : 6 questions pour comprendre la chute de Wall Street
L'inflation aux États-Unis a accéléré en septembre et la Bourse a reculé. Ce qui a été publié, ce que peut faire la Fed et pourquoi la tech et l'IA ont le plus baissé.
Axel Maury
Fondateur · Next Gen Invest
Mercredi 14 octobre à 14h30 (heure de Paris), le gouvernement américain a publié l'inflation du mois de septembre. Le chiffre est ressorti un peu au-dessus des prévisions, et cela a suffi à faire reculer Wall Street. Sur la semaine, le S&P 500 a perdu près de 2 % et le Nasdaq environ 4,5 %, sa plus forte baisse hebdomadaire depuis juin.
Pourquoi un écart de quelques dixièmes de point peut-il faire baisser la Bourse ? Pourquoi les entreprises liées à l'intelligence artificielle ont-elles été les plus touchées ? Voici les 6 questions que se pose un investisseur cette semaine, et leurs réponses.
Quel est le chiffre de l'inflation américaine de septembre 2026 ?
L'inflation aux États-Unis se mesure principalement avec le CPI (Consumer Price Index), l'indice des prix à la consommation publié chaque mois par le Bureau of Labor Statistics (BLS).
Pour septembre 2026, les résultats sont les suivants :
| Indicateur | Septembre 2026 | Prévision des économistes | Août 2026 |
|---|---|---|---|
| Inflation totale sur un an | 3,7 % | 3,6 % | 3,4 % |
| Inflation sous-jacente sur un an | 2,6 % | 2,5 % | 2,4 % |
| Inflation totale sur un mois | 0,6 % | 0,6 % | 0,4 % |
| Inflation sous-jacente sur un mois | 0,3 % | 0,2 % | 0,3 % |
Deux chiffres sont à distinguer :
- L'inflation totale mesure l'évolution de tous les prix. En septembre, elle a été tirée par l'essence, dont le prix a augmenté de 9,1 % en un mois. L'essence explique à elle seule plus de la moitié de la hausse mensuelle des prix, dans un contexte de pétrole cher lié aux tensions au Moyen-Orient.
- L'inflation sous-jacente exclut l'énergie et l'alimentation, dont les prix varient beaucoup d'un mois à l'autre. Elle donne une meilleure idée de la tendance de fond. Elle est remontée à 2,6 %, alors qu'elle était tombée en août à 2,4 %, son plus bas niveau depuis cinq ans.
Pourquoi la Bourse a-t-elle chuté après la publication de l'inflation ?
Les marchés ne réagissent pas au chiffre lui-même, mais à l'écart entre le chiffre et ce qui était attendu. Avant la publication, les prix des actions intégraient déjà une inflation à 3,6 %. Un chiffre de 3,7 %, avec une inflation sous-jacente elle aussi supérieure aux prévisions, a modifié les anticipations sur un point précis : la probabilité que la Réserve fédérale américaine (Fed) remonte ses taux.
La réaction a été immédiate :
- le rendement des obligations d'État américaines à 10 ans est passé de moins de 5,17 % à 5,26 % dans la matinée ;
- le S&P 500 a perdu 1,1 % et le Nasdaq 1,9 % sur la journée ;
- les petites capitalisations ont reculé d'environ 2 %, car elles dépendent davantage de l'emprunt.
Le jeudi, les marchés ont légèrement rebondi grâce à une baisse des taux obligataires. Le vendredi, une nouvelle série de ventes sur la technologie a fait reculer le Nasdaq de 2,1 % et le S&P 500 de 1,1 %.
La Fed va-t-elle remonter ses taux le 28 octobre ?
La Fed a relevé ses taux directeurs en septembre, pour la première fois depuis 2023. Ils se situent aujourd'hui entre 3,75 % et 4,00 %. En septembre, la majorité des membres de la Fed estimait qu'une nouvelle hausse serait probablement nécessaire d'ici la fin de l'année.
La prochaine réunion a lieu les 27 et 28 octobre. Après la publication de l'inflation, la probabilité d'une hausse de 0,25 point lors de cette réunion est passée d'environ 20 % à environ 40 %, selon l'outil CME FedWatch, qui calcule ces probabilités à partir des contrats à terme sur les taux.
La décision est délicate pour deux raisons :
- L'emploi ralentit. Les États-Unis n'ont créé que 29 000 emplois en septembre. Monter les taux freine l'activité, alors que le marché du travail montre déjà des signes de faiblesse. Une inflation qui accélère avec une croissance qui ralentit, c'est ce que les économistes appellent un risque de stagflation.
- Le calendrier politique. La réunion se tient six jours avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Une hausse des taux aussi proche d'une élection est rare. Plusieurs économistes estiment que la Fed pourrait attendre sa réunion des 8 et 9 décembre.
Pourquoi la hausse des taux fait-elle baisser les actions de la tech et de l'IA ?
Il y a deux raisons : une raison de calcul, qui touche toutes les entreprises de croissance, et une raison de financement, qui touche surtout les entreprises qui empruntent pour investir dans l'IA.
1. Le calcul de la valeur d'une entreprise
La valeur d'une action correspond aux bénéfices futurs de l'entreprise, ramenés à leur valeur d'aujourd'hui. Pour faire ce calcul, on utilise un taux d'actualisation qui dépend directement des taux d'intérêt. Quand les taux montent, un bénéfice futur vaut moins aujourd'hui, et ce d'autant plus qu'il est lointain.
Exemple avec un bénéfice de 100 € :
| Bénéfice de 100 € attendu dans… | Valeur aujourd'hui avec un taux de 4 % | Valeur aujourd'hui avec un taux de 5 % | Variation |
|---|---|---|---|
| 1 an | 96,15 € | 95,24 € | -0,9 % |
| 10 ans | 67,56 € | 61,39 € | -9,1 % |
Une hausse d'un point des taux réduit à peine la valeur d'un bénéfice attendu l'an prochain, mais réduit de plus de 9 % celle d'un bénéfice attendu dans dix ans. Or les entreprises de la tech et de l'IA sont justement valorisées sur des bénéfices attendus loin dans le futur. Elles sont donc plus sensibles aux taux. Pour tester ce mécanisme sur une vraie entreprise, utilisez notre outil de valorisation DCF.
2. L'IA est de plus en plus financée par la dette
Les grands groupes de la tech investissent des sommes très élevées dans les data centers et les puces nécessaires à l'IA. Selon J.P. Morgan Asset Management, le cash généré par leur activité et leurs augmentations de capital ne couvriraient qu'environ un quart des 5 500 milliards de dollars d'investissements liés à l'IA prévus d'ici 2030. Le reste doit être financé de l'extérieur, en grande partie par des emprunts. Ces groupes ont déjà émis plus de 220 milliards de dollars d'obligations en 2026.
Quand les taux montent, ces emprunts coûtent plus cher, ce qui réduit les bénéfices futurs. Les entreprises les plus endettées ont donc le plus baissé mercredi :
| Entreprise | Situation financière | Variation le 14 octobre |
|---|---|---|
| Oracle | Dette à long terme passée à plus de 160 Md$ en deux ans. Une de ses obligations à échéance 2032 rapporte désormais 7,24 %. | -8,8 % |
| CoreWeave | Dette totale supérieure à 51 Md$, obligations proches de 15 % de rendement, charges d'intérêts plus que doublées en un an. | -15,5 % |
La baisse ne s'est pas limitée à ces deux entreprises. Les fabricants de semi-conducteurs ont perdu environ 2 000 milliards de dollars de capitalisation en huit séances, la plus longue série de baisses de leur indice depuis 2008.
La hausse des taux n'est toutefois pas la seule cause. D'autres facteurs ont joué : des doutes sur la rentabilité de ces investissements, une concurrence accrue sur les puces mémoire, notamment chinoise, et des prises de bénéfices après une hausse de près de 60 % de l'indice des semi-conducteurs depuis le début de l'année.
2 000 milliards de dollars perdus : où est passé cet argent ?
C'est une question fréquente, et la réponse est souvent mal comprise.
La capitalisation boursière d'une entreprise est égale au prix de son action multiplié par le nombre d'actions. Quand le prix baisse, la capitalisation baisse. Mais cela ne signifie pas que 2 000 milliards de dollars ont été retirés des marchés ou détruits.
Prenons un exemple simple. Une entreprise compte 1 million d'actions à 100 €, sa capitalisation est donc de 100 millions d'euros. Un jour, quelques investisseurs vendent leurs actions à 90 €. Toutes les actions sont alors évaluées à 90 €, et la capitalisation passe à 90 millions d'euros. Seule une petite partie des actions a changé de mains, mais la valeur de toutes les autres a été recalculée au nouveau prix.
Pour les investisseurs qui n'ont pas vendu, il s'agit d'une moins-value latente : la valeur de leurs actions a baissé, mais la perte n'est réelle qu'en cas de vente à ce prix. À l'inverse, si les prix remontent, la capitalisation remonte sans qu'aucun argent nouveau n'ait été apporté.
Qu'est-ce que ça change pour un investisseur qui place tous les mois ?
Next Gen Invest ne donne pas de conseil d'achat ou de vente. Voici en revanche quelques éléments factuels pour analyser la situation.
- L'horizon de placement. Une baisse de 2 % à 5 % en une semaine a un poids très différent selon que l'argent est nécessaire dans six mois ou dans vingt ans.
- L'investissement programmé (DCA). Investir le même montant chaque mois permet d'acheter plus de parts quand les prix baissent et moins quand ils montent. Le prix moyen d'achat est ainsi lissé dans le temps.
- La diversification. Cette semaine, les secteurs n'ont pas tous évolué de la même façon : la technologie et les petites capitalisations ont fortement baissé, l'énergie a progressé avec le prix du pétrole. Un portefeuille concentré sur un seul secteur est plus exposé à ce type de mouvement.
- Les prochaines dates. La réunion de la Fed du 28 octobre, les résultats des grandes entreprises de la tech fin octobre et l'inflation d'octobre le 10 novembre seront les prochaines échéances importantes.
Pour construire une allocation adaptée à votre âge, votre capital et votre tolérance au risque, et voir comment elle aurait réagi à ce type de baisse, essayez NextGen AI.
Ce qu'il faut retenir
- ✓L'inflation américaine est remontée à 3,7 % en septembre, au-dessus des prévisions, avec une inflation sous-jacente en hausse à 2,6 %.
- ✓Les marchés réagissent à l'écart avec les prévisions : ce chiffre a doublé la probabilité d'une hausse des taux de la Fed le 28 octobre.
- ✓La hausse des taux pèse plus sur les entreprises dont les bénéfices sont attendus loin dans le futur, et sur celles qui empruntent beaucoup, comme une partie des acteurs de l'IA.
- ✓Une baisse de capitalisation n'est pas de l'argent détruit : c'est la valeur de l'ensemble des actions recalculée au dernier prix échangé.
- ✓Prochaines dates à suivre : Fed le 28 octobre, inflation d'octobre le 10 novembre.