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Éducation financière8 octobre 2026·7 min de lecture

Pourquoi si peu de Français investissent, et pourquoi ça compte

Les Français épargnent beaucoup, mais investissent peu. Ce n'est pas un manque d'argent : c'est surtout un manque de repères. Voici ce que disent les chiffres, et par où commencer pour y voir plus clair.

A

Axel Maury

Fondateur · Next Gen Invest

70 %
des Français estiment avoir une faible connaissance en investissement
Elabe pour l'AFG, 2025
11,1 %
des foyers détiennent des actions cotées
AMF, 2025
72 %
de l'assurance-vie des Français est placée en fonds euros
Banque de France, fin 2025
1,7 % vs 3,0 %
le taux du Livret A face à l'inflation sur un an
septembre 2026

1Un pays d'épargnants, pas d'investisseurs

Commençons par une bonne nouvelle : les Français savent mettre de l'argent de côté. Ils épargnent 18 % de leur revenu, contre 14,9 % en moyenne dans la zone euro, selon la Banque de France.

Le problème n'est donc pas la quantité d'épargne, mais l'endroit où elle va.

Prenez l'assurance-vie, le placement préféré des Français. Fin 2025, elle représentait près de 2 200 milliards d'euros. Environ 72 % de cette somme est placée en fonds euros, le support où le capital est garanti, mais où le rendement reste limité. Le reste, les unités de compte, est investi en actions, en obligations ou en immobilier.

Côté bourse, l'écart est encore plus net. Seuls 11,1 % des foyers français détiennent des actions cotées, d'après le baromètre 2025 de l'AMF. Un sur neuf.

Et ce n'est pas un hasard. Dans une étude Elabe pour l'Association française de la gestion financière, 70 % des Français reconnaissent avoir une faible connaissance en investissement. Plus d'un sur deux ne sait pas pour quelle durée un PEA est conçu, et près de six sur dix ne savent pas à quoi sert un compte-titres.

Difficile d'investir dans quelque chose qu'on ne comprend pas. C'est même plutôt sain de s'en méfier. Mais rester à l'écart par manque d'information a aussi un coût, et on va le chiffrer.

Qui investit en bourse ?

Parmi les Français qui ont épargné au cours des douze derniers mois, voici la part qui a investi en bourse, selon l'âge (AMF, 2025) :

Part des épargnants ayant investi en bourse dans l'année, par âge
  • Moins de 35 ans
    17 %
  • 35-54 ans
    21 %
  • 55 ans et plus
    13 %
Source : AMF, baromètre de l'épargne et de l'investissement 2025. Parmi les personnes ayant épargné au cours des 12 derniers mois.

Les jeunes ne sont pas les plus nombreux à investir aujourd'hui, mais ce sont eux qui en ont le plus envie : 57 % des moins de 35 ans envisagent d'investir en actions dans les douze prochains mois, contre 20 % des 55 ans et plus. L'envie est là. Ce qui manque souvent, ce sont les connaissances pour se lancer.

2Pourquoi ça compte

1. L'inflation réduit le pouvoir d'achat de l'épargne

Depuis le 1er août 2026, le Livret A rapporte 1,7 % par an. En septembre, les prix ont augmenté de 3,0 % sur un an, d'après l'estimation provisoire de l'INSEE.

Prenons un exemple simple avec 10 000 € :

  • Au bout d'un an, votre Livret A affiche 10 170 €.
  • Mais pour acheter la même chose qu'avec 10 000 € un an plus tôt, il vous faudrait 10 300 €.
  • Il vous manque donc 130 €.

Votre solde a augmenté, mais votre pouvoir d'achat a baissé. C'est ce qu'on appelle un rendement réel négatif : le rendement affiché, moins l'inflation.

Attention, le Livret A reste un très bon outil. L'argent est disponible à tout moment, et le capital ne peut pas baisser. Il est fait pour l'épargne de précaution, celle qui sert en cas d'imprévu. Le problème apparaît quand il devient le seul endroit où l'on place de l'argent dont on n'aura pas besoin avant dix ou vingt ans.

2. Le système de retraite face au vieillissement

Le système de retraite français repose sur la répartition : les actifs d'aujourd'hui financent les pensions des retraités d'aujourd'hui. Il dépend donc directement de l'équilibre entre les deux.

Or cet équilibre se dégrade. Selon le rapport 2026 du Conseil d'orientation des retraites (COR), on comptait 3,6 personnes de 20 à 64 ans pour une personne de 65 ans et plus en 2009. On en compte 2,5 en 2025, et environ 1,6 en 2070.

Le COR projette aussi que le niveau de vie des retraités, aujourd'hui équivalent à celui de l'ensemble de la population, passerait à environ 90 % de celui-ci en 2070.

Ça ne veut pas dire que les retraites vont disparaître. Mais ça veut dire que compter uniquement sur le système public est risqué, et que se constituer un complément sur le long terme devient de plus en plus utile.

3Par où commencer ?

Je ne vais pas vous dire quoi acheter. Ce n'est pas le but de ce site, et personne ne peut le faire sérieusement sans connaître votre situation. En revanche, il y a quelques notions à comprendre avant de faire quoi que ce soit.

Pour la petite histoire, j'investis moi-même depuis 2021, surtout en actions et en ETF, sur un PEA et un compte-titres, avec une approche à long terme. Ce que j'aurais aimé savoir au début tient en quatre points.

1. Construire d'abord son épargne de précaution

Avant d'investir, il faut pouvoir faire face à un imprévu sans devoir vendre ses placements au mauvais moment. C'est le rôle des livrets comme le Livret A ou le LEP : de l'argent disponible immédiatement.

2. Comprendre les enveloppes

Une enveloppe, c'est le cadre dans lequel vous investissez. Elle détermine ce que vous pouvez acheter et comment vos gains sont imposés. Les trois principales :

  • Le PEA (plan d'épargne en actions) : pour investir en actions européennes et dans certains ETF, avec un plafond de versements de 150 000 €. Après 5 ans, les gains sont exonérés d'impôt sur le revenu (les prélèvements sociaux restent dus).
  • L'assurance-vie : elle combine des fonds euros, au capital garanti, et des unités de compte, plus risquées. Sa fiscalité devient plus avantageuse après 8 ans.
  • Le compte-titres ordinaire (CTO) : aucune limite sur les montants ni sur les marchés accessibles, mais pas d'avantage fiscal particulier.

3. Penser en horizon de placement

La bonne question n'est pas « qu'est-ce qui va monter ? », mais « quand vais-je avoir besoin de cet argent ? ».

Les actions peuvent perdre une part importante de leur valeur en quelques mois. Sur un horizon long, ces baisses ont historiquement eu le temps d'être compensées, mais rien ne le garantit. Plus votre horizon est court, plus le risque de devoir vendre en perte est élevé.

4. Diversifier et surveiller les frais

Mettre tout son argent sur une seule entreprise, c'est dépendre de son sort. Répartir ses placements entre plusieurs entreprises, secteurs et pays permet de limiter cet effet. C'est par exemple ce que font les ETF, qui répliquent un indice entier.

Les frais comptent aussi. Un écart de 1 % de frais par an peut paraître faible, mais sur 20 ou 30 ans, il réduit nettement le résultat final, à cause des intérêts composés.

Toutes ces notions sont détaillées pas à pas dans le hub d'apprentissage de Next Gen Invest.

Ce qu'il faut retenir

  • ✓Les Français épargnent beaucoup, mais placent surtout leur argent sur des supports sans risque : livrets et fonds euros.
  • ✓Seul un foyer sur neuf détient des actions cotées, et 70 % des Français estiment mal connaître l'investissement.
  • ✓Avec un Livret A à 1,7 % et une inflation à 3,0 %, l'épargne non investie perd du pouvoir d'achat.
  • ✓Le vieillissement de la population dégrade l'équilibre du système de retraite sur le long terme.
  • ✓Avant d'investir : épargne de précaution, choix de l'enveloppe, horizon de placement, diversification et frais.
Contenu éducatif, ne constitue pas un conseil en investissement. Investir comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
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Sources